le petit cornichon

Les amours d’un poisson cassent les oreilles de ses voisins

Nanabio

L’amour peut rendre sourd… les voisins: un poisson du Golfe de Californie produit des sons si puissants en période de reproduction que le chœur qu’il forme avec ses congénères est à même d’endommager l’ouïe de certains mammifères marins comme les dauphins, révèle une étude.

L’acoupa du golfe « est le poisson le plus bruyant jamais documenté au monde », déclare à l’AFP Timothy Rowell, chercheur à l’Université de Californie à San Diego (Etats-Unis) et co-auteur de cette étude publiée mercredi.

Pendant la période du frai, le chœur formé par le regroupement de millions de poissons « ressemble à celui d’une foule criant dans un stade », ajoute-t-il.

Un seul individu mâle de ce poisson de mer est alors capable de faire presque autant de bruit qu’une baleine alors qu’il mesure moins d’un mètre, selon l’étude parue dans la revue Biology Letters de la Royal Society.

Individuellement, l’acoupa du golfe, dont le nom scientifique est Cynoscion othonopterus, produit un son qui ressemble à celui « d’une mitraillette, avec de multiples impulsions sonores très rapides », décrit Timothy Rowell.

Le mâle est doté de muscles vibrants qui entourent sa vessie natatoire, sorte de sac rempli de gaz qui se trouve dans la cavité abdominale.

« Ces muscles se contractent et vibrent très rapidement, produisant un son qui est amplifié par la vessie natatoire », explique le chercheur. Celle-ci sert de « tambour », les muscles jouant le rôle de « baguettes ».

Au printemps, tous les adultes de cette espèce endémique du Golfe de Californie migrent vers le delta de la rivière Colorado, formant un regroupement de plusieurs millions de poissons sur une surface très réduite.

La période de reproduction est synchronisée avec le cycle des marées et de la lune.

Brad Erisman, de l’Institut des sciences marines de l’Université du Texas à Austin et Timothy Rowell ont mené des études acoustiques pendant quatre jours dans le delta du Colorado en mars et avril 2014.

Menacé par la surpêche

Ils ont utilisé un sondeur acoustique pour évaluer le nombre de poissons présents et leur emplacement. Ils ont estimé qu’il y avait à ce moment-là 1,5 million d’acoupa du golfe, répartis sur 27 kilomètres.

Ils se sont également servis de microphones utilisables sous l’eau pour enregistrer les sons produits par eux.

Le choeur formé par le regroupement de ces poissons peut durer des heures avec un pic juste après la marée haute au moment le plus intense du frai.

« On peut les entendre depuis un bateau », souligne le chercheur qui dit avoir vécu des moments « incroyables, intenses » devant ce « spectacle de la nature ».

Les scientifiques ont calculé que le niveau sonore était alors 21 fois plus élevé que celui de l’environnement ambiant, pourtant déjà bruyant, dans ce delta aux eaux couleur chocolat au lait.

Les niveaux sonores « peuvent provoquer, au moins temporairement, si ce n’est définitivement, une perte auditive chez les mammifères marins » qui s’affairent, en quête de nourriture, près de ce regroupement de poissons, souligne Timothy Rowell.

Les auteurs de l’étude s’étonnent que des lions de mer et des dauphins soient fréquemment observés dans cette zone en dépit du risque sonore.

Mais ces amours bruyantes ont leur revers pour l’acoupa du golfe: elles permettent aux pêcheurs de le repérer très facilement.

Un seul bateau de pêche, équipé d’un filet, peut capturer deux tonnes d’acoupa du golfe en quelques minutes seulement.

La flotte locale, composée de 500 bateaux, pêche jusqu’à 5.900 tonnes de ce poisson (soit 2 millions d’acoupa) en 20 jours, chaque année.

Les populations d’acoupa du golfe « risquent de s’effondrer » en raison de cette surpêche en pleine période de reproduction, avertissent les scientifiques.

Surnommé « l’aquarium du monde », le Golfe de Californie, au nord-ouest du Mexique, est un refuge pour de très nombreuses espèces marines mais aussi une zone de pêche importante.

Source

le petit cornichon